S’expatrier à Shenzhen; de l’idée à l’action

La Chine est bien connue pour ses inégalités sociales, sa pollution et sa censure. En revanche, tous le monde sait aussi qu’avec son développement économique exponentiel des dernières années, elle a ouvert une porte à certaines opportunités professionnelles pour les étrangers.

On m’a ainsi souvent demandé s’il était facile de s’expatrier en Chine et quel(s) genre(s) de métiers permettaient d’y arriver?

J’ai longtemps hésité avant d’écrire un article sur cette grande question. De un, je ne voulais pas fournir de l’information erronée ni répéter ce qui avait probablement déjà été écris par d’autres médias ou sur certains blogues.

Ceci dit, en y réfléchissant bien, j’ai songé que nous avions personnellement eu du mal à rassembler tous les renseignements nécessaires en français avant de partir du Canada, car ceux-ci s’adressaient souvent à nos cousins Français, lorsqu’ils n’étaient pas rédigés en anglais.

Je me suis donc finalement décidé à consacrer une section du blogue aux différentes étapes à suivre pour un Québécois ou un Canadien francophone, souhaitant s’expatrier en Chine. Le contenu est basé sur notre expérience personnelle, après maintenant plus d’un an.

De l’idée à l’action

Première réponse: travailler en Chine, c’est relativement simple, ce sont les procédures avant d’y arriver qui le sont moins…

Chaque expatriation est différente. Tout dépend de votre situation:

  • Partirez-vous en solo, en couple ou en famille avec vos enfants?
  • Partirez-vous travailler ou étudier?
  • Effectuerez-vous un stage ou travaillerez-vous pour une entreprise canadienne, étrangère ou chinoise?
  • Pour combien de temps pensez-vous partir? Quelle sera la durée de votre contrat?

Cela peut sembler anodin, mais au contraire, faire une grande différence sur les coûts associés et sur votre niveau d’appréciation de l’expérience.

Si la Chine ne laisse pas entrer les étrangers sur son territoire facilement, sachez que le Canada ne laisse pas non plus partir ses citoyens sans rendre aucun compte.

Un emploi, un contrat et un Visa

Trouver un emploi avant de partir ou sur place?

Personnellement, je vous conseille de trouver un emploi avant de partir. Pourquoi? Une question de contrat et de Visa. Ceci dit, si votre conjoint a obtenu un emploi en premier, vous pourrez le suivre sans avoir déjà trouvé et chercher une fois sur place. Sachez que vous devrez cependant être mariés pour procéder de la sorte.

Le Visa de travail – Z –

Les entreprises établies en Chine, qu’elles soient chinoises ou étrangères, doivent obtenir auprès des autorités chinoises concernées, un certificat leur permettant d’embaucher un étranger. Vous aurez donc à fournir certains documents tels que diplômes et CV à votre futur employeur, afin que celui-ci puisse obtenir le dit certificat d’autorisation. Par ailleurs, sachez que certaines entreprises ne pourront jamais engager d’étrangers.

L’obtention ou non de ce certificat est le résultat d’un système de qualification auquel l’employeur soumet en quelque sorte votre candidature.

En effet, la Chine, très peuplé, applique certaines règles protectionnistes favorisant l’embauche de candidats Chinois avant vous. Ainsi, certains métiers et diplômes permettent de se qualifier plus facilement que d’autres.

Les métiers les plus recherchés sont ceux de la logistique, des achats, des finances, les ingénieurs, le secteur des hautes technologies, du design, du marketing, de l’hôtellerie et de la restauration, des cabinets juridiques et de conseils, de l’agroalimentaire, des produits cosmétiques, de l’environnement, du tourisme et de l’industrie du luxe. Les professeurs de langues étrangères (surtout l’anglais) sont aussi très sollicités. Moins vos compétences sont enseignées en Chine, plus vous allez avoir un emploi et un Visa facilement.

La qualification fonctionne avec un système de pointage. Par exemple, si vous possédez un Baccalauréat, 2 ans d’expérience et + et que vous parlez anglais, vous devriez vous qualifier assez aisément. Ceci dit, plus de scolarisation ou plus d’expérience et/ou la maîtrise du mandarin pourrait compenser un profil différent. Il y a plusieurs situations possibles. Votre maîtrise de la langue devra cependant être attestée.

Une fois que l’employeur a reçu l’autorisation de vous embaucher, vous devrez par la suite faire une demande de Visa auprès du Consulat Chinois de votre région, au Canada. 

Autrement dit, vous ne pouvez pas faire cette demande à partir de la Chine. Vous devez être au Canada. Il est aussi possible que l’on vous convoque en entrevue. Si tout va bien, vous obtiendrez alors un Visa Z, valide pour 30 jours, qui une fois en territoire Chinois, vous permettra d’appliquer pour obtenir un permis de résidence et de travail; deux documents différents et bien d’autres démarches administratives, dont un examen médical qui doit se faire en Chine.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la demande de Visa est donc une des dernières étapes du processus d’expatriation, puisqu’une fois obtenu, vous n’avez que 30 jours pour entrer en Chine et effectuer le reste des démarches menant au permis de travail. Lorsque vous faites votre demande de Visa, vous devez avoir vos billets d’avions  et les soumettre en preuve.

Personnellement, afin de faciliter le processus, nous avons fait affaire avec une firme spécialisée: SIAT Services consulaires. Il y a certains frais associés, mais qui en valent la peine.

Si vous choisissez de tout faire par vous-même, attendez-vous à quelques obstacles et soyez patients. Le temps est circulaire pour les Chinois et non pas linéaire, même au Canada. 😉

Le contrat de travail

Si j’avais un seul conseil à vous donner, ce serait de négocier parfaitement votre contrat de travail avant de partir et assurez-vous de sa légalité. Pour ce faire, évaluez tous les coûts et les impacts engendrés par votre expatriation. Faites un budget en vous assurant d’avoir pris en compte tous les postes budgétaires. Soyez le plus précis possible dans vos calculs et planifiez une marge d’erreur à la hausse. Ainsi, vous serez en mesure d’obtenir un contrat qui vaudra le coût de vivre l’expérience.

Le coût de la vie à Shenzhen comme dans les autres grandes villes chinoises est beaucoup plus élevé qu’on pourrait le croire. Tout dépend bien sûr de votre manière de vivre. Selon mon point de vue, il est utopique de penser qu’un Canadien peut vivre totalement à la chinoise sans en souffrir et vouloir repartir. On peut se priver d’un certain confort, vivre avec quelques manques et autres manières de faire, mais avec le temps, cela use. Mieux vaut donc être réaliste envers soi-même et prévoir un budget en conséquence afin de pouvoir faire une épicerie un peu à la canadienne…

Fiscalité

Où payerez-vous vos impôts?

Sachez que les Canadiens sont imposés sur l’ensemble de leur revenus mondiaux. Ainsi, si vous travaillez en Chine et que vous ne voulez pas payer ce qu’on appelle la double imposition, vous devrez malheureusement céder votre résidence permanente.

Pour ce faire, vous n’aurez le droit de garder aucun lien primaire avec le Canada et vous devrez réduire au minimum les liens secondaires, en l’occurence à trois (3). Autrement, le fisc pourrait vouloir allez plus loin dans son analyse de votre dossier.

Liens primaires:

  • Habitation qui vous est disponible (logement ou résidence)
  • Époux ou conjoint de fait et/ou personnes à charge demeurant au Canada.
  • Séjour à l’étranger ayant une intention de permanence.

Liens secondaires

  • Effets personnels: meubles, vêtements
  • Véhicule immatriculé et permis de conduire
  • Passeport Canadien valide
  • Carte d’assurance-maladie
  • Emploi par un employeur canadien à l’étranger
  • Emploi garanti au retour
  • Membership à des associations professionnelles
  • Comptes bancaires et cartes de crédit
  • Investissements au Canada (REER, etc)
  • Numéro de téléphone ou inscription téléphonique
  • Carte d’affaire affichant une adresse canadienne
  • Résidence saisonnière
  • Casier postal ou coffre-fort
  • Assurance-vie
  • Testament préparé au Canada
  • Visites fréquentes au Canada pour affaires ou raisons personnelles (limite de 183 jours/an)

Les liens soulignés sont très sensibles aux yeux du fisc. Il vaut mieux ne pas les maintenir, autrement on pourrait refuser de vous accorder le statut de non-résident.

Afin d’être en règle avant de partir et de ne pas avoir de surprises au retour, je vous conseille de consulter une firme d’avocats/comptables spécialisée avant votre départ. Celle-ci pourra vous prodiguer des conseils avisés et s’occuper de faire vos rapports d’impôts adéquatement. Un petit investissement pour beaucoup d’économie de temps et d’argent…

Les assurances

N’ayant plus accès au régime d’assurance-maladie québécois, vous devrez vous munir d’une assurance médicale pour expatriés Canadiens, à moins que ces frais soient couverts par votre employeur en Chine. Bien vérifier cet aspect avec lui.

Il n’y a pas beaucoup de compagnies d’assurances offrant ce genre de couverture au Canada. L’offre étant faible, le coût est donc assez élevé. Prévoyez facilement jusqu’à 1500$ par tête, par année, sans la protection dentaire.

La scolarisation des enfants

Si vous partez en famille, vous devrez aussi considérer qu’il est interdit aux enfants étrangers d’intégrer le système d’éducation public chinois. Vos enfants devront donc fréquenter le privé et les écoles internationales. Si vous songez à vous expatrier dans un autre pays après la Chine et que vous souhaitez que la scolarisation de vos enfants soit reconnue aussi bien ailleurs dans le monde qu’au Canada, vous devrez bien choisir l’établissement scolaire qu’ils fréquenteront. Les frais de scolarité pour ces établissements sont généralement très élevés en Chine. Vous pouvez prévoir jusqu’à 25 000$ CAN par enfant annuellement, tout dépendant de leur niveau et de l’établissement.

Voilà pourquoi je dis de bien négocier votre contrat…;) Ce dernier doit pouvoir couvrir certains frais. Autrement, vous risquez d’aller échanger 1$ pour 75 cents et de perdre de l’argent.

En terminant, il vous faudra de 6 mois à un an pour bien préparer votre expatriation, car ces quelques démarches ne sont que la pointe de l’iceberg.

Notez que les artistes tels que les danseurs, les musiciens, les acteurs et autres métiers culturels peuvent entrer et travailler en Chine selon des procédures différentes de celles-ci.

Consulter également ma check-list d’expatriation et mon article: S’expatrier à Shenzhen: les démarches avant de partir. 

MAY

 

Copyright image à la une: Oliver Cole – StockSnap

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