Perdu au Milieu en trois langues…

Je, name, Mǎ líng shān

Règle générale, apprendre une deuxième langue à l’âge adulte, ce n’est souvent pas aussi facile qu’on le souhaiterait. Malheureusement, les capacités du cerveau en ce qui concerne l’apprentissage des langues diminuent avec l’âge.

Les spécialistes s’entendent généralement pour parler d’une décroissance déjà vers l’âge de 6 ou 7 ans. C’est tôt…

Autant vous dire tout de suite qu’apprendre le mandarin, une troisième langue, à 40 ans, en utilisant sa deuxième langue de niveau intermédiaire pour le faire, c’est une sacrée gymnastique mentale. Je confirme me sentir bien souvent lost in translation

Je ne sais pas trop à qui je devrais en vouloir, à ma mère ou au système d’éducation québécois…?

Avec tout ce que ma mère a endurée dans sa vie, je pense qu’elle peut se passer d’une autre pierre sur le dos. Avec votre permission, je vais donc m’en prendre au système. 😉

Honnêtement, j’adore ma langue maternelle, mais je crois malgré cela que le monolinguisme français est une belle façon d’opter pour le statut quo en matière d’éducation au Québec.

C’est mon opinion, chacun y a droit, et tant pis pour moi si je suis seule à penser ainsi.

En 2017, toutes ces querelles historiques du genre les Anglais contre les Français jumelés à l’élitisme linguistique qu’engendre la langue française en elle-même ne devraient selon moi plus exister.

Le contexte mondial actuel nécessite de savoir parler un minimum de deux langues, notamment l’anglais, la langue des affairesEn tant que Canadiens, nous avons cette richesse de côtoyer à la fois la langue de Molière et celle de Shakespeare, alors pourquoi ne pas trouver un moyen pour que chacun en bénéficie?

En soi-disant cherchant à protéger notre langue au Québec, je crois qu’on prive carrément nos enfants d’une plus grande capacité à apprendre. En d’autres mots, selon mon point de vue, on empêche le Québec de s’enrichir…

Les Scandinaves ont compris l’importance d’investir dans l’éducation des enfants et celle du multilinguisme depuis longtemps. Parlent-ils moins bien Suédois, Norvégien ou Finlandais? Ont-ils peur de voir leur langue respective disparaître? Je crois plutôt le contraire. Je pense qu’ils en sont encore plus fiers…

Qu’est-ce que nous, Québécois, n’avons pas compris?

Ah oui, c’est vrai, on préfère investir dans les autoroutes, financer Bombardier et ses dirigeants grassement payés en plus d’harnacher nos rivières pour vendre notre électricité à rabais aux Américains. Mais tout ça bien sûr, ce sont d’autres débats…

En ce qui me concerne, c’est le modèle d’enseignement Québécois au grand complet que je remet en question. Je ne dis pas que tout est mauvais, mais je peux me permettre de comparer, maintenant que mes enfants vont dans une école internationale dont la langue d’enseignement est l’anglais.

Dans mon ancienne vie, j’ai effectué un passage universitaire d’un an en sciences du langage, où je me suis intéressée à l’apprentissage des langues, notamment au multilinguisme.

Mes lectures du moment m’avaient déjà initié au fait que le bilinguisme posséde des avantages cognitifs prouvés pour le cerveau.

Certaines études avancent en effet que:

…les enfants bilingues comparés aux enfants unilingues ont notamment plus de facilité à se concentrer et à ne pas se laisser distraire. Ils développent également une pensée divergente qui produit des solutions originales et moins conventionnelles.

Les études ayant établi ceci partent de l’hypothèse que:

…le fait d’avoir deux systèmes de représentation mentale augmente la flexibilité et l’originalité de la pensée.

Par « système de représentation mentale », on veut dire:

…qu’une personne bilingue a en mémoire deux mots pour un seul objet ou une seule pensée, ce qui signifie qu’elle possède un répertoire sémantique plus étendu.

(source: Abdelilah-Bauer, Le défi des enfants bilingues).

Lorsque j’observe mes enfants, je ne peux que confirmer. Au début de l’année scolaire en cours, leurs compétences en anglais étaient très limitées. Après moins d’un an, ils arrivent désormais à tenir une conversation soutenue de façon impressionnante.

Mon fils, qui est en pré-maternelle, arrive même à s’exprimer un peu en mandarin  lorsqu’il joue, et ce sans même l’avoir appris officiellement. Le simple fait de côtoyer ses amis Chinois est suffisant pour l’instant.

Cette expérience linguistique l’a complètement transformé. D’un petit bonhomme sensible et pas toujours confiant, il est passé à un grand garçon sûr de lui et encore plus curieux, même face à d’autres langues, telle que l’allemand… (voir la photo plus haut…)

Ich liebe dich mon fils…

Face à l’épreuve, il a su trouver en lui des stratégies pour apprendre et pour gérer ses émotions. C’est beaucoup plus qu’il n’aurait jamais eu à faire dans un contexte unilingue.

Ma fille, qui est en deuxième année et qui avait de son côté déjà fait son entrée dans la lecture et l’écriture française, arrive maintenant à lire des livres de plus de cent pages en anglais. Tout cela, en côtoyant des enfants Chinois dont la langue maternelle n’est pas non plus l’anglais.

Avis aux détracteurs du bilinguisme, j’ajouterais que mes enfants n’en ont pas du tout perdu leur français.

Au contraire, ils adorent leur langue maternelle. Mon fils ne veut pas que son père et moi lui parlions anglais et surtout pas mandarin. Ma fille prend toujours plaisir à lire des livres en français et ses capacités n’ont pas diminuées. Je dirais même que globalement, sa lecture est meilleure qu’auparavant.

Je pense que tout réside dans l’attitude qu’on a envers sa langue et dans l’équilibre. Je n’ai aucunement l’intention de dévaloriser notre belle langue française, bien au contraire. Maîtriser sa grammaire est déjà une richesse à part entière.

Ceci dit, lorsque j’observe mes enfants, malgré le fait que je possède une certaine facilité d’apprentissage des langues, je me sens d’une certaine façon handicapée.

Bon, le mot est fort, je vous l’accorde, que personne ne s’insurge, loin de moi l’idée de vexer ou de stigmatiser qui que ce soit. Changeons pour désavantagée…

Certains diront:

– Oui, mais tu n’as pas choisi la troisième langue la plus facile à apprendre, c’est un peu ta faute non?

Enfin, je suis à moitié d’accord.

Faisons ensemble un petit tour rapide du français et de l’anglais VS le mandarin:

L’alphabet phonétique de la langue française contient 36 sons. Celui de la langue anglaise en contient 44. Combien en possède le mandarin?

D’abord, l’alphabet phonétique chinois s’appelle le Pinyin.

La syllabe chinoise est habituellement composée d’une initiale et d’une finale. L’initiale est une consonne qui commence la syllabe. La finale est une voyelle qui peut être simple ou composée.

Il existe donc 23 initiales (consonnes), 36 finales (voyelles) et 16 syllabes unifiées.

Au total, le mandarin ne contient que 400 syllabes dites monosyllabiques. Chaque syllabe possède cependant quatre tons différents plus un ton neutre.

C’est là que la vraie partie commence…

Si vous êtes bons en multiplications, faites un calcul mental rapide et vous verrez que votre langue peut se tordre plusieurs fois dans votre bouche avant d’arriver à prononcer un seul mot correctement…

Le problème n’est pas tant la difficulté de la structure grammaticale en soi, plus que le cerveau qui a discriminé depuis longtemps les sons qui lui étaient inutiles.

Lorsqu’on veut apprendre une langue orientale, le désavantage d’être unilingue francophone est flagrant.

Ce n’est pas insurmontable, avec de la pratique et de la volonté, on peut arriver à s’exprimer assez rapidement, même si ce n’est pas parfaitement.

En revanche, comprendre un Chinois qui nous parle, c’est une toute autre histoire…

Pourquoi? Tout simplement parce qu’en plus des tons, comme toutes les langues, le mandarin possède plusieurs niveaux de langage: familier, standard et supérieur. Il y a aussi les accents, qui diffèrent selon les régions.

En Chine, il existe plus de 66 dialectes différents.

Dans la région où nous habitons, le Guangdong, plusieurs personnes parlent par ailleurs le cantonnais, comme à Hong Kong. Une autre langue complètement différente avec une possibilité de neuf (9) tons pour une même syllabe.

En outre, même si le mandarin est la langue commune, vous comprendrez aisément que tous ne le parlent pas si simplement pour un étranger.

Moi: Nǐ hǎo. Kěyi jièshào wǒ zìjǐ ma
Un Chinois: Kěyi
Moi: Wǒ jiào Melissa. Wǒ de zhōng wén míngzi shī Mǎ líng shān.
Un Chinois: Nǐ xìng shénme
Moi: Wǒ xìng Tremblay
Un Chinois: Hěn gào xìng rènshi nǐ. Nǐ shī naguó rén ma
Moi: Wǒ shī Jiānādà rén
Un Chinois en souriant: Nǐ de zhōng wén hēn hǎo
Moi un peu gênée: Xièxie, mǎmā hūhū…

Quelqu’un veut tenter une traduction?

Bref, dans 2 ans ou plutôt 88 semaines selon la moyenne, je devrais être capable de le maîtriser pour enfin repartir et mieux l’oublier… 😉

Zài jìan!

Crédit photo couverture : Site Web LTL Mandarin School

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