Expat lifeline: la culture de l’amour

La culture est un ensemble complexe qui inclut savoirs, croyances, arts, positions morales, droits, coutumes et toutes autres capacités et habitudes acquises par un être humain en tant que membre d’une société.

Le temps passe, la vie défile et certaines étapes de celle-ci sont plus importantes que d’autres. Mi-trentaine avancée, à l’approche de la quarantaine, lorsque tu passes ta vie en revue et que tu fais le bilan de ce que tu considères tes réussites et tes moins bons coups, tu ressens soudainement le besoin de faire un brin de ménage, de te concentrer sur le plus important, l’essentiel; ce qui te rend vraiment heureux. Syndrome d’une génération, tu sens que le conformisme t’étouffe et que ta créativité ne demande qu’à exploser. Un besoin viscéral qui se manifeste toujours de plus en plus fort et auquel tu ne peux finalement pas échapper. Un peu comme à la voile, lorsqu’il te faut faire un grand virement de bord parce que le vent t’y pousse et que la découverte t’appelle au large. C’est ce qui m’est arrivé…

D’autre part, je voyais également mon complice de vie se lever à contre coeur chaque matin pour se rendre au travail, puis s’enfoncer dans la grisaille depuis deux ans. Ça me perturbait d’autant plus. Un jour, cette opportunité de carrière en Chine s’est présentée à lui. Il y a réfléchi longuement et à un moment, c’est moi qui lui ai dit:

– Allez, fais-le. On tente le coup! Allons mettre du piquant dans notre vie.

Ensemble, nous nous sommes donc fixé des objectifs personnels et communs et puis nous sommes partis. Bon, ça n’a pas été si simple à mettre en place, une expatriation c’est tout un défi. C’est d’ailleurs dans ce dernier que se trouve le plus grand sentiment d’accomplissement. Partir en voyage pour deux ou trois semaines, c’est une chose, mais s’expatrier pour quelques années avec de jeunes enfants, c’est franchement une entreprise. Dans notre cas, il n’y a eu personne pour nous tenir la main. Il a fallu défricher la voie, voilà pourquoi c’est la partie la plus valorisante à mes yeux. Elle ne vient pas sans investissement, que ce soit en temps ou en argent, ni sans sacrifice, mais je crois qu’elle en vaut le risque.

Lorsqu’on décide de s’embarquer dans un projet de cette envergure, on ne sait jamais exactement où cela nous mènera. On doit jongler au quotidien avec beaucoup d’incertitudes. Oui, on a une idée générale, parce qu’on a tracé les grandes lignes, mais il y a toujours des imprévus. En revanche, nul doute sur l’issue de cette grande aventure. Nous sommes persuadés qu’à son terme, quoi qu’il arrive, elle aura été bénéfique pour toute la famille. Particulièrement pour nos enfants, à qui nous aurons fait le cadeau de maîtriser deux des langues les plus parlées à travers le monde et ce dès leur plus jeune âge, en plus de leur apprendre à ouvrir leur coeur à une autre culture.

Ouvrir son coeur à une autre culture, concrètement, qu’est-ce que ça implique? Êtes-vous parmi ceux qui se disent ouvert d’esprit? Si oui, pourquoi? Qu’est-ce qui fait de vous cette personne ouverte face à une culture différente de la vôtre?

Je pose la question par curiosité, mais aussi pour mieux vous amener là où je m’en vais.

D’entrée de jeu, je tiens à mettre cartes sur table. Après avoir vécu les deux, je crois que voyager et s’expatrier sont des concepts bien différents. Certes apparentés, mais très nuancés. Personnellement, j’ai toujours désiré voyager, aller à la rencontre de l’autre et de la différence. J’étais également parmi celles qui se disent ouvertes d’esprit. Les sept derniers mois m’ont cependant appris que vivre en Chine, ce n’est pas y voyager et que je n’étais peut-être pas aussi ouverte que je le croyais.

Être expatrié et voyager en Asie, c’est comme découvrir un univers totalement parallèle avec toutes ses facilités et ses complexités. Au début, c’est l’émerveillement, mais il vient inévitablement un temps où on se sent au contraire, bouleversé. En général, le voyage réveille nos sens qui deviennent plus aiguisés. L’expatriation ajoute pour sa part de la fragilité et de la vulnérabilité à ces sensations. Un peu comme l’instinct de survie. Trois choix sont alors possibles pour surmonter ce puissant sentiment d’inconfort: s’enfuir en courant, s’effondrer ou bien s’adapter et survivre à la jungle.

Humblement, je n’ai pas peur de le dire, à plusieurs reprises, j’ai pensé m’enfuir en courant et retourner au Québec. Ayant passé à travers une certaine quantité d’épreuves dans ma vie personnelle, je ne pensais pas que ça pourrait me frapper aussi fort. Habituellement, mes mécanismes de défense naturels sont davantage orientés vers l’affrontement. Peu à peu, j’ai réalisé que je vivais ni plus ni moins que ce qu’on appelle: le choc culturel. Un passage obligé pour tous les expatriés et je n’ai malheureusement pas fait exception à la règle…

Housewife, c’est ce que j’ai été forcé d’écrire concernant mon occupation sur les papiers officiels pour que nous obtenions tous nos Visas de résidence plus rapidement. Rien pour atténuer le choc, je dois l’admettre. J’ai pourtant toujours voulu avoir plus de temps pour prendre soin de mes enfants et me concentrer sur mes nouveaux projets professionnels et mon désir d’entreprendre, mais c’est drôle, je n’avais jamais imaginé pratiquer le métier d’housewife officiellement.

Première acceptation à effectuer, bien que temporaire: mon statut.

Ensuite, il y a eu la langue, l’écriture, les odeurs, les bruits, le smog, la chaleur, l’humidité, les gens physiquement, les regards curieux, la conduite indisciplinée, les coups de klaxons, le durian, l’épicerie, la mode, les toilettes turques, le gamin qui fait pipi dans la rue au même endroit que le chien du voisin et j’en passe…

Je ne m’étais jamais autant demandé de ma vie quelle sorte de riz et quelle sauce soja j’allais choisir devant les étalages au supermarché. À tous ces changements et différences s’additionnent une fatigue omniprésente et des inconforts intestinaux qui perdurent, sans compter les malaises du reste de la famille. Au final, rien pour allonger la mèche de mon humeur quotidienne.

Après bientôt sept mois, nous avons donc goûté au piquant, aucun doute. Ceci dit, le plus important, c’est que je peux maintenant témoigner de ce que ça prend réellement pour ouvrir son coeur à une autre culture. Évidemment, ça prend une touche de curiosité et une bonne dose de motivation, mais plus encore, ça prend de l’amour.

Ce n’est donc pas si difficile me direz-vous. Ah bon, vous pensez? Alors, qu’est-ce que ça signifie aimer?

Moi, la dernière fois que je suis tombée en amour, c’était il y a dix ans et ce n’était pas le même feeling du tout. À l’époque, ma lune de miel a été bien différente…

Force est d’admettre qu’aimer, ce n’est donc pas simplement tomber en amour.

C’est en fait accepter les gens et la réalité tels qu’ils sont et surtout ne pas comparer et ne pas juger. C’est inconditionnel.

Hummm, comment dire? Dieu sait que le jugement dans notre société de consommation, nous l’avons tous assez facile et qu’il y a souvent beaucoup de conditions. Les médias sociaux en sont d’ailleurs d’éloquents témoins. J’aime bien lire et relire le texte S’aimer, de Stéphane Laporte, chroniqueur au Journal La Presse. Bien qu’il ne traite pas de culture, il remet bien l’amour en perspective… 😉

Tous nos faits et gestes sont teintés de notre culture. Cette dernière est imprégnée en nous et c’est beaucoup plus difficile qu’on peut l’imaginer de s’en détacher afin de voir, penser et faire autrement. C’est un processus qui demande du temps, de l’apprivoisement. Comme l’amour, ce n’est pas nécessairement instantané. Ça peut aussi s’apprendre et se développer à force de côtoyer l’autre.

En résumé, la clé pour réussir son projet d’expatriation, c’est d’aller beaucoup plus loin que de franchir la barrière de la langue. Il faut aller jusqu’à franchir celle du jugement, y compris celui que l’on porte à soi-même. Pourquoi? Parce que le jugement nous affaiblit. Il crée de la distorsion dans notre perception; à propos de la vérité et de la réalité. Alors qu’à l’inverse, l’amour favorise l’acceptation et l’adaptation.

Lorsqu’on se met à aimer davantage et à moins comparer, notre perception change graduellement. Nos centres d’attention aussi. Les chants d’oiseaux prennent le dessus sur les coups de klaxons. Les femmes qui se regroupent dans les parcs, foulards et autres accessoires à la main, semblent danser de façon si élégante. La sonorité des instruments de musique chinois et la musique classique nous semble apaisante. Puis enfin, lorsqu’on réussi à commander son latte dans la langue commune et à le savourer avec une amie chinoise, on sent qu’on a franchi une étape. Nos nouveaux repères s’ancrent petit à petit et on a enfin l’impression de faire partie du décor, plutôt que d’en être seulement le spectateur…

– Nǐhǎo. Wǒ yào yi beī capuccino.
– Nǐ yào rè de haì shī bīng de ma
– Rè de. Xièxie
– Bú kè qǐ

#expatlifeline

Et vous? Vous êtes-vous déjà expatrié? Avez-vous déjà vécu un choc culturel? N’hésitez pas à commenter, poser vos questions ou à partager votre expérience ici en quelques lignes.

© Copyright – MAY Photographie. Tous droits réservés. Reproduction et utilisation interdites.

4 commentaires sur “Expat lifeline: la culture de l’amour

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    1. Merci Marc! Ça me touche… Je sais que tu comprends totalement à bien des égards… Merci de me lire, de commenter et de partager… xx

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  1. Expat à Xîan en Chine…ton texte me Touche,me parle,m’émeut…tout est dit,Et Si bien dit…apres 3 ans Ici,j’ai Encore des moments où je me sens « Nouvelle »tant il y a à voir,à apprendre,à comprendre …

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    1. Merci Eleonore, tu as tellement raison, il y a tant à voir, apprendre et comprendre… Je crois que même toute une vie ne serait pas assez… Au plaisir de continuer à échanger!

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